Santé buccodentaire des usagers de substances psychoactives

F. Cohen La Presse Médicale, 2016, vol.45, n°12, pp.1178-1186. Bibliographie

"Quelle que soit la substance psychoactive (SPA) considérée, il n’en est pas une qui n’ait de répercussions sur la santé buccodentaire de son usager".
L’état de santé buccodentaire des sujets consommateurs de SPA est le résultat de désordres nutritionnels et immunologiques.
Les substances psychoactives pour la plupart entraînent une xérostomie (sécheresse de la bouche) associée à une diminution du pH salivaire favorisant la formation de plaque et de tartre, avec pour conséquence caries dentaires et affections parodontales aggravées par le manque d’hygiène bucco-dentaire et un apport glucidique important.
La face vestibulaire et le collet des dents sont souvent atteints mais l’absence de douleurs (masquées par la prise de SPA) retarde la prise en charge par le chirurgien-dentiste.
Le bruxisme (lié au stress) atteint aussi l’intégrité des dents.
Les gencives sont souvent le siège de gingivites pouvant évoluer en parodontite et l’avulsion dentaire est le stade ultime.
La cacostomie (perception d’une mauvaise odeur de la bouche) et l’halitose (perversion de l’haleine d’origine non buccale) sont fréquentes.
La xérostomie gène la parole, la mastication, la déglutition.
Secondairement, il peut y avoir surinfection mycosique (candidose) et altération des muqueuses buccales : mélanose (hyperpigmentation brune de l’épithélium gingival), lichen plan, lésions labiales, linguales, du plancher buccal ou du palais.
Le goût est altéré (dysgueusie) avec chez les grands fumeurs, une élévation considérable du seuil gustatif salé (risque de pathologie cardiovasculaire et/ou rénale).
Enfin les polyconsommateurs de SPA sont à risque de cancers buccaux. Le tabac est de loin le plus pourvoyeur suivi de l’alcool. Le cigare multiplie par 10 le risque de cancer buccal et la pipe provoque des cancers buccaux et des cancers des lèvres. La chique peut entraîner le développement d’une kératose qui peut évoluer en cancer buccal.

Ajoutons à tout cela que le mauvais état de santé dentaire ( dents cassées, tranchantes, prothèses mal ajustées) fait que le sujet atteint n’ose pas parler ou sourire. La détérioration de l’image de soi accentue les troubles psychiatriques et anxiodépressifs.

Prudence chez les patients abstinents ou en cours de sevrage lors de la prescription des bains de bouche qui contiennent une part importante d’alcool.
Lors de la prise en charge des patients, prendre en compte le risque de problèmes cardiovasculaires imprévisibles chez le cocaïnomane, la majoration du risque infectieux, le risque d’endocardite infectieuse, etc....

(publié le 26 janvier 2017)