Maladie de Lyme
Réalité ou imposture

Professeur Eric Caumes Éditions Bouquins, Paris, 2021, 184 pp.

Décrite pour la première fois en 1978, comment la maladie de Lyme est-elle devenue un problème de santé publique majeur ?
La faute, selon l’auteur (Spécialiste des maladies infectieuses, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris) à une "poignée d’irréductibles" qu’il surnomme les "Lyme docteurs" qui n’ont de cesse d’étiqueter "Lyme", beaucoup trop d’affections qui ne s’en sont pas, alors que la réalité scientifique est bien établie.

La maladie de Lyme n’est pas une maladie grave (900 hospitalisations par an, des décès exceptionnels et aucune influence sur l’espérance de vie).
A l’exception de l’érythème migrant qui survient au stade initial, et qui est pathognomonique de la maladie, le test biologique doit être interprété dans un contexte épidémiologique (exposition à une piqure de tique en zone d’endémie, en période de transmission) et une dynamique clinique (manifestations neurologiques, rhumatologiques ou exceptionnellement cardiologiques aux stades ultérieurs).
Une sérologie positive chez des patients ayant des symptômes depuis plus de 3 mois doit faire évoquer la maladie de Lyme mais attention : une sérologie positive ne suffit pas à affirmer la maladie, car les IgG peuvent persister longtemps après la guérison de la maladie. Un traitement antibiotique de 15 à 21 jours de doxycycline ou d’amoxicilline est très rapidement efficace, d’autant plus qu’il est administré aux stades précoces.

Alors, pourquoi un tel déni ? Le professeur CAUMES se définit non pas comme un spécialiste de la maladie de Lyme, mais plutôt comme un "spécialiste de la non Lyme" et ce, bien malgré lui en raison du nombre de patients qui le consultaient se pensant atteints de cette maladie, alors que 90% d’entre eux souffraient d’autre chose.
Il égratigne au passage la Fédération Française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT) qui regroupent les "Lyme docteurs", ou "des associations semblables, des chercheurs opportunistes, les réseaux sociaux et certains média qui véhiculent des croyances en contradiction avec des faits scientifiquement établis", mais aussi "les autorités politiques qui versent plus dans la démagogie que dans la science".
Les animosités ont atteint un tel paroxysme que "certains de ceux qui s’appuient sur les réalités scientifiques en viennent à être harcelés, voire poursuivis devant les tribunaux" par "des associations d’activistes".

Le drame est que, derrière cette situation ubuesque, se trouvent des malades en errance et en grande souffrance, à qui ont été prescrits des quantités d’examens non justifiés et des traitements inutiles, voire dangereux et au final pour une maladie sous-jacente non diagnostiquée ; car en réalité ces malades souffrent d’autre chose dans la grande majorité des cas. Il est essentiel de réorienter le diagnostic vers d’autres pathologies notamment neurologiques, rhumatologiques, psychiatriques, mais aussi troubles fonctionnels, situations de grande détresse psychologique pour lesquelles pourrait se discuter une thérapeutique cognitive et comportementale.
Cependant, pour beaucoup de médecins, le diagnostic de Lyme est devenu un "diagnostic dépotoir" pour se débarrasser d’un client trop encombrant et c’est aussi beaucoup plus acceptable pour le patient, que d’être étiqueté "psy".

Comment sortir de cette situation ? Les médecins de ville n’ont pas suffisamment de temps à consacrer à de tels patients et l’écoute est dès lors insuffisante.
Il faudrait une formation universitaire mieux adaptée à la pratique de ville, c’est à dire "former les médecins à reconnaître les limites de leurs compétences" et "mieux les former à la psychologie et à la psychiatrie".
Les futurs médecins devraient selon l’auteur," être sélectionnés sur leur aptitude à l’empathie et à la compassion et pas seulement sur leurs capacités scientifiques". Mais, n’est ce pas cette nouvelle méthode d’évaluation, qui est en train de se mettre en place : les ECOS (examens cliniques objectifs structurés), une série d’étapes permettant d’obtenir une appréciation globale stabilisée sur les compétences des étudiants et notamment leur "savoir-être" et leur "savoir-faire" en réponse à une situation donnée ?

(publié le 19 novembre 2021)