Résurgence de la peste

P. Bourée, F. Bisaro, A. Ensaf La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2017, vol.31, n°989, pp.740-741. Bibliographie

La peste est connue depuis l’Antiquité et la première pandémie ou " peste de Justinien " est apparue en 500 après J.C. La deuxième est survenue en 1347 (peste noire) et a décimé en Europe le quart de la population.
Aujourd’hui, s’il n’y a plus de grandes épidémies, des foyers persistent en Afrique, Amérique du sud, Inde et Asie.
Les pays les plus touchés sont Madagascar, la république démocratique du Congo, l’Ouganda et la Tanzanie. Quelques cas sont signalés régulièrement dans les grands parcs de l’ouest des États-Unis.
Un foyer persiste à Madagascar depuis 1918 et en cette année 2017, la maladie semble particulièrement virulente avec une majorité de formes pulmonaires (graves et qui de surcroît favorisent la dissémination).
La maladie a atteint les zones urbanisées.
Le germe responsable est le bacille de Yersin, qui est transmis de rongeur à rongeur. 200 espèces peuvent être touchées, mais les plus proches de l’homme sont Rattus rattus (rat noir) en zone tropicale ou Rattus norvegicus (rat gris) en zone tropicale. Le germe survit et se multiple dans les terriers des rongeurs contaminant ainsi les nouveaux occupants.
L’animal et l’homme sont infectés par la piqûre du vecteur : la puce du rat et le relais interhumain est pris par la puce de l’homme.
La maladie se manifeste sous trois formes cliniques :

  • peste bubonique : fièvre à 39-40 °C, frissons, adénopathie le plus souvent inguinale (bubon) - guérison spontanée dans 30% des cas mais issue fatale pour les autres en l’absence de traitement -
  • peste septicémique : complication de la forme précédente ; évolution rapidement mortelle sans traitement
  • peste pulmonaire (grave) : pneumonie dans un contexte de sepsis ; évolution souvent mortelle.

Les formes septicémique et pulmonaire étant sans particularités cliniques, ne sont diagnostiquées rapidement que si la notion d’un contact avec un malade ou un animal est connue. Pourtant la rapidité du diagnostic est cruciale (recherche de l’antigène F1) de Yersinia
Le traitement sera institué le plus tôt possible et repose sur 3 antibiotiques utilisés seuls ou en association en fonction de la gravité : streptomycine, tétracycline et chloramphénicol (dans les formes méningées). Les fluoroquinolones sont utilisées aux États-Unis.

Prévention :

  • détection et traitement précoce des sujets atteints et des contacts : doxycycline, bactrim ou ciprofloxacine et isolement du malade
  • désinsectisation et dératisation
  • déclaration obligatoire du cas (en France)
  • vaccin disponible en Australie efficace 6 mois et réservé aux personnes "à haut risque" en contact avec les rongeurs mais résultats mitigés.
(publié le 29 novembre 2017)