La santé des seniors en emploi :
résultats de l’enquête européenne SHARE 2006

M-C. Lenormand, C. Sermet, N. Sirven Questions d’économie et de santé, IRDES (Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé), 2010, n°160, pp.1-5

Cette étude dresse un bilan de l’état de santé des personnes de 50 à 59 ans dans 14 pays européens, à partir des données individuelles de l’enquête SHARE.
SHARE (Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe) est une enquête européenne sur le vieillissement conduite tous les deux ans en panel.
L’étude s’articule autour de trois indicateurs : l’état de santé perçu, la force de préhension et les déficiences cognitives pour couvrir le champ médical et physiologique et enfin, les limitations d’activité pour évoquer la santé fonctionnelle.
Globalement en Europe, les seniors en emploi ont un meilleur état de santé que les inactifs ou les chômeurs et ce, quel que soit l’indicateur considéré.
Par contre, d’importants écarts sont constatés entre les pays : l’Irlande, la Grèce, la Suisse, la Belgique et le Danemark affichent une santé perçue nettement meileure que la moyenne européenne à l’opposé de la Pologne, de la République tchèque, de l’Autriche, de l’Allemagne et de l’Italie.
La France est dans le peloton de tête en ce qui concerne le nombre de symptômes physiques déclarés, pas très loin de la Pologne, de la République tchèque ou de l’Autriche.
En ce qui concerne les symptômes dépressifs, la Pologne est loin en tête avec 40% des personnes à risque dépressif ; mais la France n’est pas loin derrière avec 30% des personnes à risque.
Les personnes ayant une faible force de préhension sont prédominantes en Espagne et en Irlande (plus de 30% des seniors âgés de 50 à 59 ans).
Les proportions des personnes limitées dans leurs activités varient de plus de 40% en Autriche, en République tchèque, aux Pays-Bas et en Pologne alors qu’elles sont de 14% en Grèce.
L’effet "travailleur en bonne santé" joue, et seules les personnes en meilleure santé peuvent accéder au marché du travail ou se maintenir en emploi.
L’analyse montre que, quelque soit l’indicateur de santé retenu, les conditions de travail telles qu’elles sont ressenties par les travailleurs, sont fortement corrélées avec l’état de santé.
Sont également protecteurs le fait de vivre en couple (surtout quand le conjoint est en bonne santé) et le niveau d’éducation alors que les comportements à risques ont un impact négatif.
Être migrant ou aidant influence négativement l’état de santé.
Globalement, la France occupe le plus souvent une position moyenne (santé perçue, limitations d’activité ou de force de préhension) mais défavorable dans le cas des symptômes physiques et dépressifs.
Il faut tenir compte dans l’hétérogénéité des résultats européens, de l’influence d’effets locaux, notamment de l’impact des politiques de sortie de l’emploi et de retraite, mais aussi des mesures mises en œuvre pour le maintien en emploi des seniors, et des conditions environnementales, des différences culturelles de perception de l’état de santé, des facteurs génétiques ou des différences de mode de vie.
S’il paraît difficile de dégager un schéma européen bien tranché, il semble qu’en général, les travailleurs quinquagénaires français figurent parmi ceux en moins bonne santé.
L’analyse suggère qu’une amélioration des conditions de travail apporterait une amélioration de l’état de santé des seniors.

Pour en savoir plus : consulter le site :
http://www.irdes.fr/Publications/20...

(publié le 10 mai 2011)