Anticiper le retour à l’emploi

C. Maillard Le Concours Médical, 2011, vol.133, n°1, pp.37-39
Dans le cadre d’un vaste dossier dédié à l’après-cancer, un article est consacré au retour à l’emploi.
Une étude réalisée par 832 médecins du travail auprès de 402 salariés d’Ile-de-France, âgés en moyenne de 49 ans, ayant eu un cancer diagnostiqué en 2005 et 2006 montre qu’un tiers des salariés (27%) ont poursuivi leur activité pendant le traitement. Deux ans après le diagnostic, 79% ont une activité professionnelle mais ce taux est variable en fonction du siège du cancer. Un poste sur deux a été aménagé lors de la reprise de travail et les salariés se déclarent plus fatigables qu’avant et ont des scores d’anxiété et de dépression supérieurs à ceux de la population générale.
La perte d’emploi estimée en moyenne à 10%, varie non seulement en fonction de l’existence de facteurs associés comme l’âge, la situation maritale, le niveau d’études, l’existence d’un nouveau cancer, les revenus et la catégorie socioprofessionnelle mais aussi et surtout en fonction du délai par rapport au diagnostic et à la localisation du cancer.
L’impact du cancer sur le travail commence dès l’annonce du diagnostic et persiste pendant l’arrêt de travail. Le retour à l’emploi est conditionné par le fait que la maladie change la manière d’investir sa vie professionnelle et dans la majorité des cas, il y a recentrage des priorités sur la vie familiale.
Le retour au travail fait l’objet de régulations, et des aménagements sont négociés, le plus souvent de manière tacite avec la hiérarchie directe. La crainte majeure des personnes est celle de ne pas y arriver du fait de la fatigue. Elles adoptent alors des stratégies d’évitement ou revoient à la baisse la qualité de leurs prestations. Le temps partiel parfois institué lors de la reprise est souvent vite abandonné pour préserver la bonne ambiance de travail.
Au total, le retour au travail s’inscrit dans un cheminement chaotique, long , incertain, où la santé devient une préoccupation aussi importante que l’emploi. Certains choisissent une réorientation professionnelle afin de vivre autrement.
La visite de pré reprise n’est effectuée que dans 20 à 25% des cas et 1 salarié sur 6 déclare avoir été victime de discriminations lors de la reprise de travail.
La survenue de cette maladie désorganise complètement les rapports sociaux, notamment professionnels et face aux contraintes de la maladie, le patient doit faire des choix à partir de critères plus sociaux que médicaux.
Certains experts proposent la mise en place d’un dispositif d’aide à la gestion de la vie professionnelle dès le diagnostic, pour ne pas manquer le retour à l’emploi. Une visite de pré reprise deux à trois mois avant la reprise effective du travail serait souhaitable afin de mieux anticiper la reprise professionnelle.
(publié le 22 mars 2011)