Aptitude chez un salarié épileptique pharmacorésistant

P. Krief, C. Peyrethon, D. Choudat Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°3, pp.269-278. Bibliographie
A partir d’une observation concernant un homme de 46 ans responsable qualité et relation clientèle dans l’hôtellerie, présentant une épilepsie active et pharmacorésitante, les auteurs rappellent les fondamentaux de l’épilepsie.
L’épilepsie ou plutôt les épilepsies constituent un ensemble extrêmement vaste et diversifié d’affections neurologiques chroniques, source de conséquences neurobiologiques, cognitives, psychologiques et sociales importantes. " La caractéristique principale de l’épilepsie est l’intermittence des symptômes, l’intervalle libre entre les crises étant variable parfois de plusieurs années".
C’est une affection fréquente et son incidence annuelle est estimée à 25 à 55 cas pour 100 000 habitants tous âges confondus. La prévalence est de 0,5% à 0,7%.
La prédisposition génétique intervient dans 40% des épilepsies mais les crises peuvent être déclenchées par divers facteurs (désordres métaboliques, sevrage en alcool ou médicamenteux, dette de sommeil, stress, jeûne, substances chimiques, éclairage stroboscopique, lésion cérébrale ...).
Le diagnostic est avant tout clinique et repose essentiellement sur l’interrogatoire du sujet et de son entourage, les explorations complémentaires ne servant qu’à confirmer le diagnostic et établir une étiologie.
Plusieurs classifications des crises épileptiques ont été proposées. Depuis 1993, la classification simplifiée utilise comme fil conducteur, les facteurs de risque pouvant provoquer des crises et permet de se concentrer plus sur l’axe étiopathogénique pour évaluer la prise en charge thérapeutique et le pronostic.
Le pronostic des épilepsies dépend du type de la crise, de sa cause, et de l’âge de survenue de la première crise.
Les médicaments anti-épileptiques sont efficaces dans 70 à 80% des cas mais non dénués d’effets secondaires ; ils sont complémentaires d’une adaptation du mode de vie. 20 à 30% des patients verront leur crise persister malgré les traitements : on parle alors de pharmacorésistance. Cette dernière concerne essentiellement les épilepsies partielles et les épilepsies associées aux encéphalopathies qui peuvent bénéficier dans certains cas d’un traitement chirurgical.
L’épilepsie au travail se révèle problématique. 70% des épileptiques en âge de travailler ont un emploi, 10% ont une pathologie lourde incompatible avec un emploi et 20% ont des difficultés répétées ou durables d’accès ou de maintien dans l’emploi.
Une surmortalité des sujets épileptiques est retrouvée, estimée deux à trois fois supérieure à celle de la population témoin, variable selon l’étiologie de l’épilepsie. En milieu de travail, une étude de cohorte européenne a montré que le risque d’accident est deux fois plus important chez les sujets épileptiques que chez les sujets témoins (risque lié à la crise mais aussi aux troubles de la vigilance induits par les médicaments). D’autres études ne montrent pas ces différences.
L’absentéisme est sensiblement identique que le sujet soit épileptique ou non.
L’appréciation du rendement au travail est entachée de subjectivité.
Afin d’aider au maintien dans l’emploi, il est justifié de proposer au sujet épileptique de demander une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé auprès de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées.
La décision d’aptitude chez un sujet épileptique est complexe et le médecin du travail ne doit pas hésiter à solliciter le spécialiste, éventuellement dans un contexte pluridisciplinaire, après accord du salarié.
Certaines professions sont réglementées et interdites aux salariés épileptiques ; il en est ainsi des professions liées à la sécurité dans le domaine des transports, de la sécurité civile, lors d’interventions en milieu hyperbare ou au sein de l’éducation nationale.
D’autres professions sont déconseillées en se basant sur un principe de sécurité, notamment celles impliquant des travaux où la survenue d’une crise pourrait avoir des conséquences graves pour le salarié lui-même, son entourage ou le procès de l’entreprise. Si aucun texte officiel ne réglemente les conditions de l’aptitude médicale à ces postes, le médecin du travail est habilité à décider de celle-ci. L’évaluation du risque de récidive est essentielle. L’avis d’aptitude doit enfin être formulé sans ambiguïté de même que la périodicité du suivi médical. Il est essentiel que tout l’argumentaire soit clairement transcrit dans le dossier médical.
(publié le 5 octobre 2011)