Deux ans après le cancer : l’étude VICAN 2

C. Maillard Le Concours Médical, 2014, vol.136, n°8, pp. 654-655
Par rapport à un groupe témoin (individus indemnes de cancer), seulement 76,8% des personnes qui étaient en emploi effectif (en emploi et en poste) au moment du diagnostic de cancer le sont restées deux ans après, versus 93,8%.
La perte de chance de maintien en emploi concerne surtout les moins diplômés, les plus jeunes ou les plus âgés, avec un niveau d’études inférieur au bac, ayant des emplois précaires, les employés de PME et les métiers d’exécution.
Les métiers d’exécution ont plus de difficulté à garder leur emploi par rapport aux métiers d’encadrement et surtout si le pronostic initial est mauvais.
C’est dans le secteur secondaire que le maintien dans l’emploi est le plus compromis. 13,6% des personnes en emploi dans ce secteur ne le sont plus deux ans après le diagnostic.
Globalement parmi les personnes qui ont perdu leur emploi, 91,6% l’ont perdu dans les 15 mois qui ont suivi le diagnostic.
Le diagnostic de cancer paraît dès lors préjudiciable à la réinsertion sur le marché du travail et seuls 30,2% des individus sans emploi au moment du diagnostic en avaient trouvé un, deux ans plus tard, versus 42,6% des individus indemnes de cancer.
Le cancer aggrave les inégalités sociales et ce d’autant plus qu’il est grave ; ce qui constitue une double peine.
Les politiques publiques visant la réinsertion de l’emploi des personnes atteintes par un cancer doivent être ciblées sur des groupes spécifiques et pour les métiers d’exécution mettre l’accent sur l’accompagnement des séquelles et sur la surveillance des problèmes psychologiques. Pour les personnels d’encadrement, il faut cibler les cancers dont le pronostic de survie à cinq ans est inférieur à 80%.
Il faut aménager les postes, ce qui est parfois vécu comme une discrimination par le patient.
L’effet délétère du cancer sur les trajectoires professionnelles persisterait au-delà des deux ans après le diagnostic.
(publié le 26 janvier 2015)