Difficultés rencontrées lors de la reprise du travail après un cancer du sein

D. Asselain, L. Belin, S. Le Bihan, H. Stakowski, B. Asselain, M-F. Bourillon Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°6, pp.585-597. Bibliographie
Le cancer du sein est le premier cancer chez les femmes et se situe en termes d’incidence en population générale au 2e rang de tous les cancers, derrière le cancer de la prostate. Son taux d’incidence est en constante augmentation depuis 1980.
Il peut survenir précocement et peut concerner particulièrement la femme en activité professionnelle.
Les traitements habituels, associés ou non sont la chirurgie (tumorectomie voire mastectomie, curage ganglionnaire), la radiothérapie, la chimiothérapie suivie par l’hormonothérapie.
Il s’ensuit incapacités et séquelles à type d’asthénie, nausées et vomissements, chute des cheveux, lymphœdème, incapacité fonctionnelle en lien avec le curage axillaire (entrainant une difficulté à l’élévation du bras), ostéoporose, douleurs articulaires, bouffées de chaleur, fatigue physique.
Le pronostic est relativement bon avec des taux de survie relative à un, trois et cinq ans respectivement de 97%, 90% et 85%. Le diagnostic précoce est important et intervient beaucoup dans les chances de survie à cinq ans.
Une étude menée par l’Institut Curie et la Société de médecine du travail de l’Ouest-Île-de-France montre que 84% des femmes reprennent le travail après un cancer du sein après une absence médiane de 6 mois mais 27% ont poursuivi leur activité professionnelle au cours des traitements, le plus souvent avec des aménagements d’horaires et/ou de poste. Cependant, 90% des patientes qui ont reçu une chimiothérapie sont arrêtées plus de six mois.
Mais la plupart des femmes (61% à 68%) se déclarent plus fatigables qu’avant, sont plus anxieuses(29% à 32%) ou à tendance dépressive (6%). 44% signalent des troubles de la mémoire et de la concentration, 49% ont des troubles du sommeil et 46% prennent des médicaments psychotropes.
Il apparaît que le retour à l’emploi se révèle souvent une épreuve pour l’identité personnelle et 20% des salariés estiment avoir été pénalisés professionnellement à cause de leur maladie. Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) 2004 fait état d’attitudes discriminatoires de l’employeur incluant "une perte de responsabilités, une perte d’avantages acquis, un réaménagement non sollicité dans les responsabilités, le refus d’une promotion, d’une augmentation salariale, la rétrogradation, des aménagements d’horaires non sollicités et des mutations non demandées".
Il paraît indispensable d’anticiper ce retour à l’emploi et d’instaurer "un partenariat renforcé entre le médecin traitant, le médecin-conseil de la Sécurité sociale et le médecin du travail" et de sensibiliser "chaque acteur, y compris les salariés et le monde de l’entreprise, aux difficultés rencontrées lors de la réintégration puis du maintien dans l’emploi des femmes après un cancer du sein ".
La visite de pré-reprise qui devrait permettre l’anticipation nécessaire est encore trop rarement utilisée.
(publié le 12 avril 2012)