Les troubles bipolaires et le milieu de travail

E. Médard Archives des maladies professionnelles, 2009, vol 70, n°5, p.559-566
A partir d’un cas clinique concernant un jeune homme de 23 ans atteint d’un trouble bipolaire et stigmatisé au travail du fait de sa pathologie, l’auteur propose un tour d’horizon de la maladie, ses caractéristiques sociodémographiques, son évolution et ses complications, son traitement et ses conséquences socioprofessionnelles. C’est ce dernier domaine qui intéresse tout particulièrement les médecins du travail. Le trouble bipolaire encore dénommé maladie maniaco-dépressive est une pathologie concernant environ 5% de la population générale. 30% des patients bipolaires sont au chômage quand ils ne souffrent pas de handicap scolaire ou professionnel (arrêts de travail fréquents, hospitalisations, mutations, licenciements, changement de carrière).
Les médecins du travail sont régulièrement confrontés aux difficultés engendrées par ces patients. En effet, 50% d’entre eux conservent une activité professionnelle.
Il est important que les sujets atteints apprennent au travail à éviter les situations de stress, les "à-coups ", à travailler dans la sérénité. Il est essentiel pour les médecins du travail de gagner la confiance de ces salariés afin qu’ils aient la possibilité de venir signaler leurs difficultés et qu’ils puissent être retirés de leur poste dès que se manifestent les premiers symptômes de décompensation thymique, qu’ils puissent être déclarés si nécessaire auprès de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) en vue de l’attribution d’un statut de travailleur handicapé et d’un éventuel reclassement, ou qu’ils puissent éviter d’être licenciés.
Il est essentiel de dialoguer avec les structures de soins (médecin traitant et psychiatre) afin d’étudier les possibilités de reprise de l’activité professionnelle ou d’aménagement de poste.
Beaucoup de patients bipolaires rapportent ne pas avoir fait état de leur pathologie psychiatrique à leur médecin du travail, persuadés que cela risque de leur porter préjudice.
Au demeurant, certains salariés ne rencontreront jamais de difficultés au travail. et "le pronostic fonctionnel et professionnel des patients souffrant de troubles de l’humeur est bien meilleur que celui des patients psychotiques".
(publié le 19 février 2010)