Quand le travail accélère le vieillissement cérébral

J.C. Marquié Santé et travail, 2010, n°72, pp. 42-45
Les ressources cognitives sont autant susceptibles d’usure que les ressources physiques, mais nous ne disposons pas à l’heure actuelle dans le domaine de la santé cognitive, d’indicateurs aussi clairs et reconnus que ceux relatifs à la santé physique.
Selon l’enquête longitudinale Visat (vieillissement, santé, travail), consultable sur le site www.visat.fr et comportant un suivi de 10 ans d’une cohorte de 3 200 salariés et retraités âgés de 32, 42, 52, et 62 ans lors de la mise en place de l’enquête, certaines conditions de travail peuvent avoir un effet incapacitant à long terme, au travers d’une altération des composantes cognitives et métacognitives de l’envie et de la capacité d’agir.
L’entretien régulier des ressources cognitives est un facteur important de maintien dans l’emploi des seniors et il apparait au regard de cette étude, que le fait de se sentir capable de rester à son poste jusqu’à la retraite est plus important chez les salariés qui considèrent que leur travail leur permet d’apprendre des choses nouvelles. En effet, des contenus et une organisation du travail exigeants sur le plan cognitif mais qui permettent de progresser dans les compétences sont associés à une évolution plus favorable des fonctions cognitives sur dix ans. Les caractéristiques cognitives du travail jouent même un rôle modérateur important sur la sensation de pénibilité physique elle-même. Or on sait que celle-ci est souvent associée chez les seniors à des problèmes de santé et à la sortie de l’activité professionnelle.
Des études récentes ont montré que les personnes qui ont une pratique intensive de la mémoire dans leur métier (les comédiens de théâtre) maintiennent plus longtemps leurs capacités.
On sait également que certaines contraintes de travail (notamment les exigences sensorielles et motrices élevées, la pression temporelle forte, les changements techniques fréquents et mal accompagnés, l’imprévisibilité dans le travail) peuvent nuire à l’expression des potentialités acquises dans le domaine cognitif et être moins bien tolérées par les seniors.
Enfin le préjudice cognitif est réel en cas d’effort stérile, c’est à dire en cas d’efforts consentis tout le long de la carrière et qui se soldent par un retour sur investissement modeste ou négatif.
Il faut aussi s’interroger sur l’organisation ou le contenu du travail lorsqu’ils empêchent de faire le travail cognitif qui permet d’amener les savoirs accumulés à la conscience et d’en tirer les leçons sur les plans à la fois professionnel et personnel.
(publié le 19 janvier 2011)