Conditions de travail, emploi et consommation d’alcool : quelles interactions en France ?

C. Mette Travail et Emploi, 2017, n°151, pp. 75-99. Bibliographie et annexes

Ce travail étudie les liens entre consommation d’alcool et vie professionnelle en tenant compte des emplois occupés.
Il s’appuie sur les données de l’enquête Santé et itinéraire professionnel (SIP) 2006-2010, qui recueille à la fois des informations sur les trajectoires professionnelles, les conditions de travail et les problèmes de santé.
Près de 14 000 entretiens ont été réalisés en 2006 auprès d’individus âgés de 20 à 74 ans. 11 000 d’entre eux retrouvés en 2010 ont accepté de répondre à la deuxième vague de l’enquête, c’est à dire à un questionnaire sur les itinéraires de vie tant familiaux et professionnels que de santé.
La consommation d’alcool est identifiée au travers de deux indicateurs, les "consommateurs quasi quotidiens", c’est à dire ceux qui consomment de l’alcool au minimum 4 jours par semaine (11% de la population sélectionnée) et les "buveurs à risque chronique" qui consomment de l’alcool 2 fois et plus par semaine et des quantités supérieures à 14 verres hebdomadaires pour les femmes et 21 pour les hommes ou qui consomment au minimum 1 fois par semaine 6 verres ou plus lors d’une même occasion (5,2% des actifs avec ou sans emploi).
Il apparaît que "Être actif sans emploi est lié positivement à la consommation d’alcool à risque puisque 7,2% des actifs sans emploi en 2010 sont "buveurs à risque" contre 4,9% des personnes en emploi. De même, avoir été à la recherche d’un emploi à un moment donné de la carrière a un effet sur la consommation future des sujets. On compte en effet 7,4% de "consommateurs à risque chronique" parmi les personnes dont la carrière a été marquée par le chômage (correspondant à 1/8e de la carrière) contre 4,7% pour les autres.
Le taux de non-emploi est plus élevé chez les "buveurs à risque chronique" que pour l’ensemble de la population (16,5%), alors qu’il n’existe pas de différence pour les consommateurs quasi quotidiens.
La consommation d’alcool touche davantage les hommes que les femmes et plus particulièrement ceux occupant certains métiers plus risqués ou pénibles physiquement. 6,5% des ouvriers se déclarent "buveurs à risque chronique" ; les cadres sont en proportion plus nombreux parmi les buveurs quotidiens mais sont aussi plus nombreux que l’ensemble des actifs parmi les "buveurs à risque chronique" ( 6,6% contre 5,2%).
C’est davantage le fait de supporter des conditions de travail physiquement difficiles plus que le statut d’ouvrier qui caractérise les "buveurs à risque chronique". Des conditions de travail physiquement difficiles favorisent les consommations d’alcool à risque et par effet de ricochet l’exclusion de l’emploi.

Ces corrélations incitent à renforcer la prévention des risques professionnels afin de limiter les comportements les plus délétères.

(publié le 10 août 2018)