Maladies psychiques, un tabou au boulot

C. Abou El Khair Liaisons Sociales magazine, 2017, n°178, pp.32-34
Faut-il dévoiler son handicap psychique en entreprise ? Le sujet reste tabou et des pathologies telles que schizophrénie, bipolarité, dépression chronique, troubles obsessionnels compulsifs, autisme ne semblent pas toujours bienvenues en entreprise d’autant qu’elles sont généralement confondues avec le handicap mental. Il faut en effet faire la différence entre les pathologies qui affectent les émotions des individus et leur comportement et les pathologies qui touchent aux déficiences intellectuelles.
Selon une enquête de l’Union nationale de familles et amis de personne malades et/ou handicapées psychiques réalisée en septembre 2016, 89% des personnes souffrant de handicap psychique travaillaient en milieu ordinaire, mais bien souvent sans le dire. Les plus expérimentés choisissent des postes où les conditions de travail sont bonnes, afin d’éviter des décompensations.
Libérer la parole sur ce sujet n’est pas chose facile et gêne tout le monde, de l’employeur jusque semble -t-il au médecin du travail.
Les tentatives d’embauche proposées par une entreprises à la faveur d’un accord handicap n’ont pas été très probantes et 2/3 des recrutements se sont soldés par des démissions. Il faut certes anticiper, prévoir les incidents possibles ou repérer les signes avant-coureur d’une décompensation sur le le lieu de travail. Mais les collaborateurs et les managers ne savent pas toujours bien réagir face à des absences répétées, des comportements irréguliers ou des sautes d’humeur.
Certaines sociétés proposent les services d’un coach pour ces personnes handicapées psychiques. Mais quid alors de la confidentialité ? Jusqu’où peut aller l’entreprise ?
Parler de ses maux au travail en soulagerait certains. En effet, le manque de productivité entraîne parfois un licenciement pour insuffisance professionnelle.
Se taire ? Ou faire partager cette vie cachée ? La prise de conscience est en route mais le chemin est encore long.
(publié le 26 janvier 2017)