Retour au travail après un diagnostic de cancer

B. Asselain, M-F. Bourrillon, S. Le Bideau, F. Cotasson-Guillet, H. Stakowski, N. Le Peltier, L. Belin, E. Rérolle, M. Sevellec Le Concours Médical, 2017, vol.139, n°1, pp. 39-41. bibliographie
82 médecins du travail volontaires de la Société de médecine du travail Ouest Île-de-France ont collecté de manière systématique des informations sur 402 salariés ayant eu un cancer diagnostiqué en 2005 et 2006, par questionnaire remis au salarié et complété par entretien semi-directif pour 42 salariés. L’étude a été réactualisée 6 ans plus tard pour 153 salariés parmi les 319 de l’échantillon initial.
Après la sidération ressentie au moment de l’annonce de la maladie, survient un questionnement existentiel. L’image de soi se dégrade ; mais c’est surtout au moment du retour au travail que les salariés prennent conscience de leur fragilité et des séquelles de leur traitement.
Dans l’étude, sur les 319 salariés investigués, 79% avaient repris leur travail deux ans après le diagnostic de cancer mais avec des réalités différentes selon la localisation du cancer (92% pour les cancers du sein, 78% pour les cancers de la prostate, 73% pour les cancers colorectaux et 36% pour les cancers du poumon). Les femmes reprennent le travail généralement plus tardivement que les hommes. Les plaintes alléguées sont une fatigabilité, des séquelles physiques (douleurs ou gênes fonctionnelles) ou cognitives (troubles de la mémoire et de la concentration) ou psychologiques (troubles du sommeil).
Deux facteurs aggravent les difficultés de la reprise : une absence longue (supérieure à 1 an) et le fait d’avoir eu une chimiothérapie. Même si la reprise s’accompagne de l’envie de redevenir comme avant, les motivations sont essentiellement financières (63%) suivies du besoin de rester dans la vie active (57%).
6 ans après la première étude, sur les 158 salariés retrouvés, 46% travaillaient toujours dans la même entreprise mais ils étaient 71% à se plaindre des mêmes symptômes qu’au jour de la reprise.
Les problèmes des ces salariés sont mal appréhendés par les employeurs et sont peu anticipés par le salarié.
Une réinsertion réussie ne peut se concevoir que dans le cadre d’actions concertées des différents acteurs et la place du médecin du travail dans ce processus de réinsertion est important.
Un livret d’accompagnement à usage des patients et des professionnels a été issu de cet étude. Il est disponible gratuitement auprès de la Fondation ARC.
(publié le 16 mars 2017)