Travailleurs lombalgiques, les déterminants de l’incapacité au travail prolongée

A. Petit, Y. Ronzi, M. Le Borgne, V. Gallot, Y. Roquelaure Archives des malades professionnelles et de l’environnement, 2016, vol.77, n°6, pp. 999-1003. Bibliographie

L’absence prolongée au travail semble peu ou pas corrélée au niveau des douleurs mais serait par contre influencée par des déterminants psychosociaux et environnementaux. En effet, "le signal douloureux modulé par les expériences et les émotions (incluant les comportements liés à la douleur) et la signification de la douleur pour le travailleur jouent un rôle prépondérant dans l’incapacité au travail".
Les principaux facteurs psychosociaux pris en compte pour la prévention de l’incapacité et le retour au travail sont les attitudes et "croyances" du patient, (attitude passive vis-à-vis de la prise en charge, faible espoir de guérison ou de retour au travail), les comportements, les réponses émotionnelles et le soutien social perçu. Jouent également un rôle important : les facteurs liés à la gestion des symptômes résiduels au travail, la frustration d’avoir à demander de l’aide, l’impossibilité à modifier les exigences physiques de la tâche, la difficulté à faire face aux demandes de productivité.

Des facteurs liés au travail sont aussi identifiés : les exigences physiques du travail, le climat social au travail, les perceptions de la douleur et du travail, la gestion de l’incapacité au travail. Des aménagements de poste par l’employeur ou des aides des collègues sont des facteurs favorisant l’accélération de la guérison et le retour au travail.

Par ailleurs, la multiplicité des acteurs de soins peut favoriser des incohérences susceptibles de renforcer les peurs et fausses croyances du patient retardant sa guérison ; tandis que les systèmes de reconnaissance et de réparation peuvent générer des conflits qui ont le même effet délétère sur le retour au travail.

Afin d’identifier les déterminants psychosociaux et environnementaux intervenant dans l’incapacité au travail, le concept des drapeaux a été mis en place afin d’établir un screening : les drapeaux rouges concernent les éléments laissant suspecter une organicité sous-jacente, les drapeaux jaunes laissent prévoir une évolution vers la chronicité, les drapeaux bleus correspondent aux perceptions de l’individu, les drapeaux noirs prennent en compte la politique de l’entreprise et le système des soins et d’assurance. Ce système de drapeaux est associé à une évaluation de la douleur, de l’incapacité fonctionnelle et de leur retentissement.

L’incapacité de travail prolongée est reconnue comme un phénomène complexe, multifactoriel , biopsychosocial dont l’approche sera nécessairement plus globale, pour être plus efficace.

(publié le 26 janvier 2017)