Utilisation et intérêt de la visite de préreprise : enquête réalisée auprès de médecins du travail

S. Pires, F. Tone, K. Wloch, S. Fantoni Quinton Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2016, vol.77, n°6, pp.949-960. Bibliographie

Une étude prospective, descriptive a été réalisée dans un très important service de santé au travail dans l’objectif d’étudier les modalités réelles de mise en œuvre de la visite de préreprise (VPR).
150 médecins du travail ont participé à l’étude qui comportait un questionnaire rempli lors de la visite de préreprise, recueil qui a duré un mois.
6 mois plus tard, le devenir des salariés a été étudié à partir de l’analyse des données informatiques des conclusions des visites de reprise (VR), le cas échéant par téléphone.
Sur 175 questionnaires récupérés, 161 ont été analysés par voie informatique et 90 salariés ont été contactés par téléphone.
A 6 mois de la VPR, sur ces 161 dossiers, 116 salariés ont bénéficié d’une VR avec en conclusion une aptitude avec aménagement du poste de travail et dans 34% une inaptitude. Parmi les 45 salariés n’ayant pas eu de VR, 18 ont pu être revus lors d’au moins une nouvelle VPR.
Les aménagements de poste concernaient des restrictions de tâches de travail et de postures le plus souvent en lien avec la manutention, mais aussi les postures contraignantes et les mouvements répétitifs. S’y ajoutaient d’autres préconisations et la nécessité d’aides matérielles.
72% des préconisations faites par le médecin du travail lors de la VPR ont été reconduites lors de la VR.
En ce qui concerne les salariés contactés par téléphone, 33% ont quitté l’entreprise (le plus souvent suite à un licenciement pour impossibilité de reclassement après inaptitude médicale (76%), voire après rupture conventionnelle (10%) et 7% pour fin de contrat. Parmi les 2/3 restés dans l’entreprise, 37 % sont encore en arrêt de travail.
Les actions menées pour le maintien dans l’emploi l’ont été en majorité à la suite de la VPR (RQTH, invalidité) mais 1 salarié sur 2 n’a eu aucun contact avec son employeur pendant toute la durée de son arrêt de travail. " La conclusion de la VR était significativement différente en fonction de l’existence de démarches préconisées par le médecin du travail lors de la VPR (p=0 034), d’un contact pris avec les intervenants externes à l’entreprise (p=0,03) ou avec l’employeur (p=0 017) et du type de pathologie (p=0,04).

La VPR est une étape clé pour le maintien dans l’emploi. "Sa mobilisation doit être optimisée car elle conditionne les conclusions de la visite de reprise. Une information systématique des salariés sur son existence devrait être formalisée. Certains paramètres comme l’âge (surtout au-delà de 45 ans), le faible niveau de qualification et la durée de l’arrêt de travail (y compris les arrêts de travail inférieurs à 3 mois) devraient constituer des points de vigilance dans le déclenchement d’une visite de pré reprise. Une meilleure communication entre les praticiens (médecins du travail, médecins soignants, médecins conseils) d’une part et entre les médecins du travail et les différents interlocuteurs de l’entreprise, d’autre part pourraient être un point d’amélioration pour le maintien dans l’emploi"’.

(publié le 23 janvier 2017)