Vivre et travailler avec une maladie chronique

D. Lhuillier, A-M. Waser Le Concours médical, 2019, vol. 141, n°2, pp.36-38. Références
5,7 millions d’actifs travaillent avec une ou plusieurs maladies chroniques.
Si la mise au repos se justifie pour une maladie aiguë, elle se révèle contre-productive pour les maladies chroniques car "la privation d’activité déstabilise, désocialise et empêche le travail de santé".
Ce "travail de santé" est décliné dans cet article à partir de quatre pathologies différentes, mais toutes chroniques. Ce travail de santé inclut la recherche d’informations sur l’origine de la maladie et son évolution probable, la compréhension et l’apprentissage des traitements, l’acceptation d’une diminution de ses ressources propres visant à "prendre soin de soi" et devenir acteur de sa propre santé en ne se limitant pas à l’observance des traitements.
Mais ce travail ne peut se déployer que dans l’activité, car c’est elle qui "permet de s’éprouver vivant et actif en lien avec le monde et les autres, de se sentir utile, de mettre la maladie à distance, de résister à la dépression ".
Ce travail de santé peut se traduire par un allègement des contraintes du travail, mais aussi par une modification du mode de vie et un engagement dans des activités sources de plaisir.
Ce travail de santé peut s’accomplir dans le cadre du travail. Il faut se donner des marges de manœuvre pour initier une modification de l’organisation du travail (allègement du temps de travail, du contenu des tâches, réévaluation des urgences et priorités, réduction de l’exposition aux risques).
La maladie doit sortir de l’ombre car le secret rend impossible la compatibilité entre les exigences des tâches et l’état de santé et finit par user, épuiser et isoler. Il faut rechercher les moyens de "vivre et travailler autrement", ce qui suppose des choix personnels mais aussi des échanges avec les autres ; or les problèmes de santé sont souvent considérés comme des questions d’ordre privé et deviennent une stricte histoire individuelle générant de l’isolement et à terme une sortie du monde du travail. C’est contre cela qu’il faut lutter !
(publié le 30 avril 2019)