Hygiène du travail et prévention des risques : une science complémentaire à la médecine du travail

M. Guillemin Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2011, 16-001-A-30, 10 pages. Bibliographie.

La santé au travail est une composante essentielle de la santé publique : en effet, pour l’adulte, une grande partie de sa vie se passe au travail. Les enjeux sanitaires, environnementaux et économiques sont extrêmement importants et doivent être pris en compte par un certain nombre d’acteurs clés dont les médecins du travail et les hygiénistes.
"L’hygiéniste du travail se focalise sur l’environnement professionnel pour en maîtriser les risques et éviter ainsi des maladies ou de l’inconfort pour celles et ceux qui travaillent. Les liens qui existent entre l’environnement général et l’environnement professionnel (émissions dans l’air, l’eau et le sol, gestion des déchets, transport de matières dangereuses, etc.) font de l’hygiéniste du travail un acteur important de la protection de l’environnement ".
Si cette discipline est développée dans les pays anglo-saxons, les Pays scandinaves, les Pays-Bas et plus récemment la Suisse, où des filières de formation existent (master, formation en cours d’emploi), elle est encore peu implantée en France.
L’hygiéniste du travail axe son action sur les composantes critiques de l’environnement professionnel alors que le médecin du travail se concentre sur les composantes critiques de l’homme au travail. Le domaine d’intervention de l’hygiéniste du travail se situe essentiellement au niveau de la prévention primaire : en effet, lors de la création d’un poste, tous les facteurs pouvant contribuer à créer des risques professionnels peuvent être identifiés, pris en compte et maîtrisés ; cette situation "utopique" est encore assez loin de la réalité.
La démarche d ’un hygiéniste s’inscrit dans la pluridisciplinarité et consiste à :

  • anticiper les dangers,
  • détecter et identifier les dangers,
  • évaluer les risques, en les classant en risques manifestement négligeables (car sous contrôle), en risques ne pouvant être évalués a priori, en risques manifestement inacceptables,
  • maîtriser les risques en s’attaquant en priorité à la source de ces nuisances, puis à l’interface entre la source et les risques et finalement à la protection du travailleur lui-même.

Le rôle de hygiéniste est primordial dans cette démarche, lui permettant de trouver avec les ingénieurs, les solutions optimales dans chaque situation.

Le médecin du travail et l’hygiéniste du travail abordent la santé au travail sous deux angles différents mais totalement complémentaires. Le médecin est aussi la sentinelle indispensable pour déceler l’apparition d’effets inattendus en regard des dangers identifiés ou non, ces signes d’alerte devant engendrer de nouvelles investigations de l’hygiéniste pour en déterminer les causes. La surveillance biologique est également un domaine que doivent se partager le médecin et l’hygiéniste pour une meilleure compréhension et une meilleure utilisation de l’outil.
L’hygiéniste peut se prononcer sur l’aspect collectif de l’acceptabilité du risque professionnel. Le médecin du travail peut en fonction des caractéristiques de l’individu, se prononcer sur le risque individuel.
Parallèlement, la maîtrise des risques n’est pas seulement un problème technique. Le médecin du travail doit s’intéresser aux conditions environnementales, aux conditions physiologiques et psychologiques du port des équipements de protection ainsi qu’aux exigences de communication afin que le travailleur prenne pleinement conscience de l’importance de ces équipements de protection dans la préservation de sa santé.
Il faudrait selon l’auteur, autant d’hygiénistes du travail que de médecins du travail. Pour pallier ce déficit, la France a créé un professionnel technique de santé au travail, l’intervenant en prévention des risques professionnels qui laisse perdurer, toujours aux yeux de l’auteur, la situation peu satisfaisante.
Les enjeux et les défis actuels imposent de développer de nouvelles approches et de nouveaux modes de prévention face aux risques "connus" encore insuffisamment maîtrisés et aux risques "inconnus" qu’il faut identifier et évaluer. Les exigences de confort au travail vont certainement s’intensifier et l’avenir est dans des systèmes de gestion où la santé au travail occupera une place importante et où tous les facteurs qui altèrent la qualité des conditions de travail devront être pris en compte par des professionnels.

(publié le 19 septembre 2011)