Les pratiques coopératives en santé travail

M. Chevalier, M-C. Cabrera Limame, A. Le Mault, V. Bacle, S. Martin, G. Lucas, P. Davezies, D. Martinez-Buthaud, G. Arnaud, F. Bardot, S ; Gaude, C. Gillot, F. Bégot La Revue du Journal des Professionnels de la Santé au Travai, 2011, n°5, pp.7-28.
Ce résumé est la synthèse d’une série d’articles et de témoignages concernant l’intégration des infirmières en santé au travail dans les services interentreprises et qui ont pour objectif "d’apporter des éléments de réflexion, de débat, des pistes de travail aux professionnels concernés".
"La pluridiciplinarité ne doit pas être un palliatif à des difficultés de démographie médicale mais elle doit permettre de conserver un équilibre entre le maintien d’une approche individuelle et le renforcement de l’action en milieu de travail. Elle doit compléter les visites systématiques par des actions ciblées".
Les difficultés rencontrées dans certaines entreprises sont parfois liées à une incompréhension liée à des différences de logiques, d’histoire de la profession et de vocabulaire. Il est donc nécessaire de repréciser le sens des termes utilisés, d’échanger entre professionnels de santé pour savoir ce que l’on attend les uns des autres.
Le travail des infirmières doit-il s’inscrire dans une délégation de tâches ou dans une complémentarité du médecin ? "Les activités santé au travail d’un service nécessitent la synergie de plusieurs dimensions et de plusieurs projets...le domaine et les formes de coopération sont potentiellement importantes si les missions sont correctement délimitées, la gouvernance exempte de conflit d’intérêt et les objectifs clarifiés par une organisation dynamique". Il ne s’agit donc pas d’une simple addition de contributions mais d’une collaboration entre professionnels de formations et de métiers différents.
Des expérimentations ont été autorisées, permettant aux infirmières de réaliser des entretiens santé travail infirmier avec une approche personnalisée adaptée à chaque salarié, de participer au dépistage des maladies professionnelles et de recueillir des données cliniques et épidémiologiques. "Pourquoi essayer de maintenir une approche clinique individuelle alors que les textes réglementaires insistent tous sur l’approche collective, globale et donc sur l’approche par les risques " ? Si les orientations de l’infirmière sont choisies par le médecin dans un cadre bien défini, ensuite les infirmières peuvent adapter les protocoles en fonction des besoins rencontrés sur le terrain. Le médecin est en effet accaparé par une multitude de tâches telles que le maintien dans l’emploi, les conseils d’orientation aux salariés, les déclarations de maladies professionnelles, des sorties d’emploi par inaptitudes, etc ... Par le bais des infirmières qui réalisent régulièrement des synthèses, le médecin reste en lien avec ce qui se passe dans l’entreprise (risques physiques, risques psychosociaux, etc..). La fonction de l’infirmière est un travail d’écoute, de proximité afin de "prendre soin" du salarié ; et il semblerait que les salariés se sentent alors mieux écoutés, le temps de l’examen clinique étant remplacé par un temps d’écoute. Cela nécessite néanmoins un apprentissage car il faut poser les bonnes questions qui donnent envie à la personne d’expliquer son travail ; mais il faut ensuite percevoir ce qui dans sa description révèle ce qui est plaisant, coûteux, pénible, voire dangereux dans l’exercice de sa fonction. En plus de l’entretien, il faut réaliser un travail de traçabilité des risques et maintenir une collaboration permanente avec le médecin, les assistantes en santé au travail et les IPRP. Tout un programme !
(publié le 21 juillet 2011)