Aptitude médicale du personnel soignant présentant une infection chronique par le virus de l’hépatite B

P. Krief, C. Peyrethon, E. Causse, L. Bensefa-Colas, N. Joannard, S. Pol, D. Choudat Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2012, vol.73, n°2, pp. 141-151. Bibliographie.

Le point de départ de cet article est une observation concernant une étudiante en médecine de 23 ans, externe en 6e année, victime d’un accident avec exposition au sang lors d’une suture au bloc opératoire. Le bilan sérologique initial effectué le jour de l’accident révèle chez cette étudiante, une hépatite chronique B répliquante. Il est alors interdit à cette étudiante de réaliser des gestes invasifs. Il lui est imposé un suivi médical régulier avec dosage de la charge virale (CV) avec levée des interdictions si la CV reste indétectable après deux contrôles successifs espacés d’un mois, puis un suivi régulier tous les six mois visant à s’assurer que la CV reste indétectable. Elle devra bénéficier d’un traitement de l’hépatite B, devra demander une consultation spécialisée en hépatologie et effectuer un bilan biologique avant chaque choix de stage, respecter scrupuleusement lors des stages, les précautions hygiène et les mesures de prévention et enfin est avisée des problèmes que pose son statut viral sur le long terme (fluctuations dans le temps) afin qu’elle adapte à l’avenir son choix d’exercice vers des spécialités ne comportant pas la réalisation fréquente d’actes invasifs à haut risque de transmission d’agents infectieux.

Cette situation pose alors le problème du risque de transmission du virus de l’hépatite B soignant-soigné. Si les modalités et la quantification de ce risque restent imprécises, celui-ci est actuellement démontré de façon certaine et est devenu une préoccupation croissante pour le public et les autorités sanitaires. La France métropolitaine est un pays de faible endémie pour le VHB avec une prévalence de l’Ag HBs estimée en 2004 à 0,65% de la population adulte avec 280 000 porteurs chroniques dont 45 à 55% ignorent leur statut sérologique. La prévalence de l’Ag HBs chez les soignants en France est estimée à 1%.
En France, entre 2001 et 2007, parmi les 5 342 signalements d’infections nosocomiales reçus par l’Institut de veille sanitaire, 10 séroconversions concernaient le VHB ; l’origine nosocomiale n’ayant pu être prouvée que dans un cas.
La prévention de la contamination nosocomiale repose sur le respect des précautions universelles d’hygiène et la vaccination avec vérification de l’immunité conte le VHB. En France, depuis 1991, la vaccination contre l’hépatite B est obligatoire pour les personnes exerçant une activité professionnelle les exposant à des risques de contamination dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées. Depuis 2007, l’entrée dans certaines études et professions de santé impose une obligation de vaccination contre le VHB. Depuis 2004, la vérification d’une immunisation efficace est fortement recommandée dans certaines indications, voire requise chez les professionnels de santé. Il est de la responsabilité de chaque soignant ou futur soignant de connaître son statut sérologique et d’actualiser cette connaissance en cas de pratiques à risque d’exposition. Il est important de proposer aux soignants infectés une démarche responsable.
Les recommandations professionnelles contre le risque de transmission du VHB de soignant à soigné soulèvent donc nombre de questions. En France, le médecin du travail est souvent seul face à ces situations où il doit prendre une décision d’aptitude ou d’inaptitude, considérant à la fois la protection de la santé du salarié et l’enjeu de santé publique.
La mise en place d’une Commission nationale consultative et pluridisciplinaire telle qu’elle existe déjà dans plusieurs pays mériterait d’être mise en place en France afin de traiter au mieux les problématiques complexes engendrées par les situations de soignants ou futurs soignants porteurs chroniques du VHB avec une charge virale détectable.

(publié le 24 août 2012)