Les déterminants de la sous-déclaration des maladies professionnelles.
Le cas du mésothéliome

E. Gisquet, S. Chamming’s, J-C. Pairon, A. Gilg Soit Ilg, E. Imbernon, M. Goldberg Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, 2011, vol.59, n°6, pp.393-408. Bibliographie
Les auteurs ont utilisé les données enregistrées dans le cadre du Programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM), mis en place en 1998 afin d’estimer l’incidence du mésothéliome pleural et son évolution temporelle, de décrire la répartition du mésothéliome par professions et secteurs d’activité et sa reconnaissance médicosociale.
L’analyse porte uniquement sur l’ensemble des patients affiliés au régime Général de la Sécurité sociale, pour lesquels il était possible de déterminer s’ils avaient effectué ou non une déclaration de maladie professionnelle, soit 706 (31%) des patients, dont 80,2% d’hommes, sur les 2 302 sujets inclus dans le PNSM .
Ont été enregistrés la catégorie socioprofessionnelle (PCS) et le secteur d’activité retenus correspondant au dernier emploi exercé, ainsi que le niveau d’études.
Ces données ont été complétées par des entretiens auprès d’un échantillon de personnes atteintes d’une pathologie liée à l’amiante et auprès d’un échantillon de pneumologues qui prennent habituellement en charge ces malades.
Le mésothéliome est plus fréquemment déclaré en maladie professionnelle chez les patients les plus jeunes, les ouvriers ou les employés, ceux ayant un niveau scolaire faible, ceux de sexe masculin , ceux dont l’exposition à l’amiante a été retrouvée.
Le médecin est souvent à l’origine de l’initiative de la déclaration, et notamment le pneumologue ; l’information pédagogique et personnalisée, transmise par le médecin sur l’exposition professionnelle et les procédures est déterminante pour entamer une déclaration de maladie professionnelle.
Les freins à la déclaration sont du côté des patients, la difficulté à faire le lien entre leur maladie et l’amiante, l’hésitation à se lancer dans une démarche souvent perçue comme pouvant aller à l’encontre de leurs anciens employeurs. Les difficultés viennent aussi des pneumologues qui ont des difficultés à relier les pathologies à l’environnement professionnel du malade (surtout quand il est ancien).
Il semble qu’une information adaptée aux patients concernés pourrait permettre de lutter plus efficacement contre les disparités de la sous-déclaration du mésothéliome.
(publié le 12 avril 2012)