Le maintien dans l’emploi des salariés ayant connu la longue maladie
Quelle place dans les stratégies des grandes entreprises en France et en Allemagne ?

B. Maresca, A. Dujin Pratiques et Organisation des Soin, 2011, vol.42, n°1, pp.19-27. Bibliographie.
Le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC) a mené en collaboration avec l’Institut de recherche économique et sociale (IRES) une recherche sur les politiques de maintien dans l’emploi après un arrêt de longue maladie dans des grandes entreprises de différents secteurs économiques en France et en Allemagne, dans l’objectif de comprendre la mobilisation des différents acteurs dans les processus de retour à l’emploi.
En France, trois obligations s’imposent aux employeurs : obligation de reclassement, obligation d’emploi de travailleurs handicapés et pour les grandes entreprises, mise en place de plans de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences, mais sans qu’elles renvoient à un champ de pratiques unifié. De même, les outils utilisés ne s’intègrent pas dans une procédure globale de gestion du maintien dans l’emploi.
L’Allemagne se caractérise au contraire par une approche plus intégrée des actions de maintien dans l’emploi à travers la notion de "réhabilitation" qui concerne à la fois les personnes handicapées, les seniors et les salariés qui reviennent de longue maladie.
Dans les entreprises françaises, la question du maintien dans l’emploi n’est pas instituée aux yeux des acteurs de l’entreprise tant que le salarié est en arrêt et il est quasiment impossible de recourir à des procédures de prise en charge qui poseraient la question du retour à l’emploi avant la reprise effective du travail par le salarié. La visite de pré-reprise dont l’objectif est d’évaluer les possibilités de retour au travail initial et d’envisager d’éventuelles adaptations est sous-utilisée. C’est le plus souvent lors de la reprise de travail qu’il faut prendre la décision de l’aptitude ou de l’inaptitude et le spectre du licenciement est parfois réellement menaçant.
En Allemagne, espace privé du salarié malade et espace professionnel apparaissent a priori moins disjoints et une approche intégrée de l’insertion incite les acteurs à construire des passerelles entre temps de l’arrêt et temps de retour tout en respectant la sphère privée et la volonté du malade. La loi oblige les entreprises allemandes à prendre des mesures visant à faciliter le retour à l’emploi et même à accompagner tous les salariés susceptibles de voir se détériorer leur état de santé dans la vie au travail. Les établissement pratiquent la "réintégration progressive" sous le contrôle du médecin du travail et pendant cette période, le salarié conserve son statut de malade et continue de toucher les indemnités maladie. L’existence d’un protocole balise les procédures et institue un dialogue dans l’entreprise.
En France, l’existence d’un protocole plus formalisé permettrait de lier davantage l’espace du soin et celui du travail et de favoriser les contacts médecins du travail, médecins de soins et médecins-conseils de l’assurance maladie. Ce dialogue fait défaut en France et c’est un des points centraux sur lesquels il faudrait agir.
(publié le 21 juillet 2011)