Les médecins du travail sous pression aux Pays-Bas

Prévent Focus, novembre 2011, pp.16-19

Une étude a été commanditée aux Pays-Bas entre septembre 2010 et juin 2011 auprès des ministères des "Affaires sociales et emploi" et "Santé publique" afin d’apprécier la situation des médecins du travail.
Le travail s’est appuyé sur une revue de la littérature, des entretiens avec les parties concernées, une enquête auprès de 541 médecins du travail, 213 employeurs et 220 employés, et un atelier regroupant les différents acteurs dans l’optique de formuler d’éventuelles solutions. Aux Pays-Bas, l’accent est surtout mis sur la réduction de l’absentéisme.
Les problèmes rencontrés qui existent davantage pour les médecins du travail des PME et des services externes que pour leurs homologues exerçant dans les grandes entreprises concernent :

  • l’accès à ce médecin du travail qui n’est pas présenté au personnel dans toutes les entreprises et avec lequel manquent les relations de confiance. Ainsi 55% des employeurs et 80% des employés affirment n’avoir jamais croisé leur médecin du travail sur le terrain ;
  • l’indépendance dont doutent 16% des sondés (par rapport à un médecin traitant) et vis-à-vis desquels 29% ont le sentiment que le médecin sert plus les intérêts de l’employeur que celui des salariés. Nombre de médecins enquêtés affirment d’ailleurs que l’attitude des employeurs, des travailleurs ou même du service de santé au travail les empêche de travailler de façon indépendante tandis qu’ils sont 22% a affirmer avoir été très souvent approchés par des personnes qui souhaitaient obtenir des informations médicales couvertes par le secret professionnel ;
  • un manque de temps pour la prévention à laquelle les médecins ne consacrent que 25% de leur temps de travail, et un besoin de formation afin de donner les meilleurs conseils en prévention ;
  • une collaboration insuffisante avec les gestionnaires chargés d’encadrer la réinsertion des travailleurs, tandis que la collaboration avec les différents prestataires de soins se déroule très bien.

Le ministère des Affaires sociales et de l’emploi a adopté différentes mesures en vue d’améliorer la situation des médecins du travail, et notamment incite à réfléchir à la manière de renforcer la notoriété du médecin sur le lieu de travail, de déterminer les moyens de soutenir et de conseiller ces professionnels, notamment en vue de la préservation du secret professionnel.

Une étude a également été menée auprès de médecins belges. Ils "ont encore relativement beaucoup de contacts avec les travailleurs sur le terrain". 78% d’entre eux se déclarent satisfaits et surtout ceux qui appartiennent à des service internes, contrairement à ceux qui exercent dans des services externes où la pression commerciale entrave leur indépendance. Ils aimeraient consacrer plus de temps à l’accompagnement de la réinsertion des travailleurs malades. Ils estiment généralement que la collaboration pluridisciplinaire se déroule bien et qu’elle apporte une indéniable valeur ajoutée. Ils pensent que leur mission va évoluer et ils sont 86% à penser qu’ils vont dans l’avenir avoir à se préoccuper de santé publique préventive.

(publié le 8 février 2012)