Démographie des médecins du travail

D. Choudat Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2009, vol.70, n°6, p.617-618
"La médecine du travail est maintenant sinistrée". En effet, le déficit important de médecins du travail ne permet ni aux entreprises privées, ni à la fonction publique d’assurer une surveillance conforme à la réglementation en vigueur et toutes les régions sont touchées (mais dans des proportions variables). La pyramide des âges est inquiétante et entre 2006 et 2011, ce sont 1 700 médecins du travail qui vont partir à la retraite. Le déficit en médecins est aggravé par la féminisation de la profession (activité à temps partiel et carrière professionnelle plus courte). Cette pénurie de praticiens favorise leur mobilité à la fois de la fonction publique vers le privé mais aussi du Nord vers le Sud.
Pour compenser ce flux de départs, Il existe bien la filière "médecine du travail" à l’issue des épreuves classantes nationales mais en 2009 au niveau national, 63 postes ont été choisis sur les 105 proposés et 12 sur les 20 en Ile-de-France ; le retard pris par la réforme de la médecine du travail qui entraîne des incertitudes sur l’avenir de la profession, n’est peut être pas étranger au choix des internes qui hésitent à s’engager dans cette spécialité. Quant au concours spécial de médecine du travail, outre le fait qu’il soit quasiment inconnu, il expose à de trop fortes contraintes pour intéresser les médecins en exercice depuis plusieurs années.
La situation n’est pas plus favorable au niveau des enseignants en santé au travail (29 professeurs des universités-praticiens hospitaliers au niveau national) chez qui la pyramide des âges laisse supposer de nombreux départs à la retraite dans les prochaines années. Il faut attirer les jeunes vers la profession ; cette spécialité est trop peu enseignée et de manière trop précoce dans le cursus des études médicales .
Il faudrait accueillir des externes dans les services de pathologie professionnelle, enseigner cette spécialité pendant tout le second cycle et promouvoir la discipline auprès des étudiants. Il est selon l’auteur "grand temps d’agir".
ngerva
(publié le 2 février 2010)