Les nouvelles formes d’organisation du travail

X. de la Vega Sciences Humaines, 2010, n°219, pp.20-27
Les nouvelles formes d’organisation du travail trouvent en premier lieu leur origine dans la crise du travail des années 1970 . De nombreux salariés manifestent alors un rejet de l’organisation taylorienne du travail. S’accroissent alors absentéisme, turn-over, ce qui pousse les entreprises à revoir l’organisation du travail.
La seconde filiation des formes innovantes du travail est strictement économique. Le contexte incertain des années 1970 pousse un constructeur japonais à mettre au point un mode d’organisation du travail où les salariés sont regroupés en équipes autonomes qui ont pour mission de réduire les coûts et de surveiller la qualité. Les informations remontent plus rapidement aux différents services permettant de réduire les stocks ; ce modèle japonais s’implante un peu partout et dans de nombreux secteurs. Le travail en équipe autonome et le juste-à-temps se généralisent non seulement dans l’industrie mais aussi dans les services ou la grande distribution. Ce système qui change le monde est désigné sous le terme de "lean production" qui signifie littéralement "production dégraissée "ou encore "production au plus juste". On demande alors aux employés plus de polyvalence pour offrir à l’entreprise plus de flexibilité afin de faire face aux pics de fréquentation ou de consommation.
L’avènement d’un travail plus autonome enrichi par la diversité des tâches et des responsabilités confiées aux salariés devrait aller de pair avec une amélioration des conditions de travail. Si certaines études épidémiologiques établissent qu’une autonomie accrue favorise la santé des salariés, les sociologues observent que ces nouvelles méthodes d’organisation vont de pair avec une détérioration des conditions de travail. En effet, les études montrent que la pénibilité physique a augmenté, de même que la charge mentale mais surtout dans les formes "d’organisations temporelles". Les "organisations simples" de même que les "entreprises apprenantes", telles les cabinets d’avocats, de designers, de concepteurs de logiciels, les banques, les sociétés d’assurances...) fondées sur une plus grande autonomie dans le travail (les salariés organisent eux-mêmes leur planning quotidien), un contrôle moins serré de la hiérarchie ( pas d’incursion dans le planning quotidien) , des contraintes temporelles plus lâches (pas de production en flux tendu) ainsi que sur une communication intense entre salariés, ne subiraient pas la même montée de l’intensité du travail.
(publié le 12 octobre 2010)