Médecine du travail, An II : la réforme a-t-elle été bénéfique ?

Protection Individuelle et Collective, PIC, 2014, n°84, pp. 21-29
La loi du 20 juillet 2011 et les décrets d’application de janvier 2012 ont réformé la médecine du travail dans l’objectif de moderniser l’organisation des services de santé au travail, d’améliorer leur gouvernance, de définir leurs nouvelles missions en mettant en place les équipes pluridisciplinaires.
Le nombre de médecins du travail a baissé de 9,8% entre 2010 et 2011 et la situation ne va pas s’améliorer : en effet plus de 50% de la population des médecins du travail a plus de 55 ans. Pour contrer ce problème de vieillissement, il faut rendre le métier plus attractif et valorisant pour les jeunes. Une nouvelle filière a néanmoins été mise en place à travers le statut de collaborateur médecin. Des médecins généralistes ou spécialistes peuvent se reconvertir en médecine du travail moyennant une embauche dans un service de santé au travail, un encadrement par un médecin du travail référent et le suivi de modules de formation spécifiques à l’Université.
Tout cela fait que le suivi individuel des salariés a été modifié et que des équipes pluridisciplinaires ont été créées avec toujours une majorité de médecins. Les infirmières ont fait leur apparition au sein de ces équipes mais un certain flou persiste quant à leur rôle, leurs responsabilités et leur périmètre d’activité.
Certains médecins ne sont pas satisfaits de la réforme y voyant la persistance d’un lien "malsain" entre le patronat et la médecine du travail.
D’autres se plaignent de devoir prioriser les examens médicaux demandés par des salariés en souffrance au détriment des examens périodiques et systématiques. On n’oublie que trop que "les médecins du travail et les équipes pluridisciplinaires sont souvent les seuls derniers points d’appui de proximité pour les salariés et les chefs d’entreprise".
D’autres encore ont une image plus positive et acceptent de déléguer certaines tâches aux équipes pluridisciplinaires, mais restent assez réservés quant aux entretiens infirmiers estimant que l’on ne peut faire de la médecine du travail sans les médecins du travail et que si l’entretien infirmer peut être enrichissant pour la santé au travail, il "ne se substituera jamais à l’expertise du médecin en matière de pathologies, de connaissance du terrain, du contexte et du vécu de l’entreprise". La réforme a néanmoins "permis de lancer des projets de services qui responsabilisent tous les acteurs du service, sous la coordination des médecins".
(publié le 18 février 2014)