Rendre le travail visible

J-F. Dortier Sciences Humaines, 2015, n°271, pp. 54-57. Bibliographie
Parler de son travail permet de mieux en saisir le sens et offrir aux salariés la possibilité de s’exprimer sur leur manière de l’exécuter favorise leur perception de la qualité de vie au travail.
Il y a trois raisons principales de raconter le travail : comprendre, agir et faire du bien.
" Parler est une première étape pour se libérer, révéler au grand jour les non-dits, faire reconnaître cette invisible de l’activité qui n’entre pas dans les consignes". Les décideurs actuellement trop déconnectés de leurs équipes (en raison de la financiarisation de l’économie, de la mondialisation et du management fondé sur une évaluation chiffrée) auraient tout intérêt à connaître le travail réel.
On demande aux équipes de l’autonomie mais la rançon est que le travail n’est connu que de celui qui l’exécute d’où le problème de la reconnaissance.
Raconter le travail permet de se défouler, de partager ses émotions avec une personne extérieure ou dans un journal personnel.
S’immerger dans le monde du travail, c’est se donner la possibilité de voir ce qui échappe habituellement au regard de la Direction et apprécier toute la distance qui existe entre le travail prescrit et le travail réel, le formel et l’informel et il n’est pas rare de voir des salariés transgresser les règles pour mieux faire leur travail (en allongeant par exemple leur journée de travail).
Prendre conscience des interactions entre les différents protagonistes est important car ce qui peut paraître futile vu de l’extérieur a parfois une véritable résonance émotionnelle pour celui qui vit la situation au quotidien.
Raconter son travail, c’est mettre en lumière les multiples dimensions de l’activité professionnelle car chaque personne s’approprie à sa façon un poste donné et finalement "l’ampleur du travail accompli est invisible pour celui même qui l’exécute".
(publié le 4 septembre 2015)