Risque routier
Vers un nouveau virage

J-P. Richez, G. Brasseur, C. Larcher, J. Lemarié, D. Vaudoux Travail et Sécurité, 2010, n°707, pp.17-33
La conduite dans le cadre professionnel devient une activité de plus en plus courante. En effet, de nouvelles mobilités professionnelles, liées aux temps de trajet, aux circuits de commercialisation et aux outils de communication sont en train de modifier la donne. On estime qu’environ 25% des salariés français conduisent régulièrement dans le cadre de leur activité professionnelle soit une voiture, soit et de plus en plus un véhicule utilitaire léger (VUL).
Un Comité de pilotage pour la prévention du risque routier a été mis en place en 2002 et s’adresse potentiellement à 22 millions de professionnels issus de l’entreprise, du monde agricole ou de la fonction publique et diffuse régulièrement des informations à l’intention des instances relais et des équipes concernées. Il propose aux pouvoirs publics français de légiférer par un décret relatif aux règles d’utilisation des VUL à ajouter au Code du travail français. Des travaux sont menés avec les constructeurs pour améliorer l’équipement de sécurité des véhicules et de mieux prendre en compte l’arrimage des charges. Une entreprise citée dans ce dossier a associé les salariés à la démarche d’aménagement des VUL afin que les véhicules soient le mieux adaptés à leur travail et à leur confort.
Parallèlement, des études récentes ont fait le point sur les effets de la conduite sur l’état de santé : lombalgies, atteintes ostéoarticulaires, fatigue, troubles du sommeil, état de stress chronique, troubles anxio-dépressifs, troubles sensoriels et digestifs, pathologies cardiovasculaires , etc.. . Elles méritent d’être étoffées pour mieux orienter la prévention : amélioration du poste de conduite, respect des temps de veille/sommeil, autonomie dans la gestion du temps de travail et des itinéraires.
Depuis 10 ans, des efforts sont engagés par les CRAM (caisses régionales d’assurance maladie) pour la prévention du risque trajet dans les entreprises et des "ristournes trajet " sont même accordées aux entreprises qui mènent des actions de prévention exemplaires.
Le nouveau programme d’actions de prévention du risque routier professionnel 2010-2013 comporte quatre axes : favoriser la convergence des politiques de prévention du risque trajet et des politiques de mobilité durable, promouvoir les solutions collectives de prévention du risque trajet dans les régions d’activité économique, maîtriser les risques liés à de nouveaux modes de transport, évaluer l’impact sur le risque trajet des nouvelles formes d’organisation du travail (comme le télétravail).
Certains secteurs d’activité (horaires atypiques), ou métiers (alimentation) ou classes d’âges (les jeunes en deux roues ont le plus d’accidents) ou catégories socioprofessionnelles (les personnes les plus défavorisées habitent souvent loin de leur lieu de travail) exposent plus que d’autres au risque trajet.
Deux entreprises innovantes dans ce domaine témoignent : des formations régulières et un accompagnement privilégié ont permis de réduire significativement les accidents.
Il n’y a pas que la France pour s’intéresser à ce problème : les caisses allemandes d’assurance des risques professionnels ont lancé en janvier dernier une campagne intitulée "Risiko Raus !" (Stop au risque).
(publié le 28 septembre 2010)