De la médecine du travail à la santé du travail : évolution des concepts

P. Frimat La Revue du Praticien, 2017, vol.67, n°7, pp. 721-724
L’auteur retrace l’évolution de la médecine du travail de 1946 à nos jours.
La médecine du travail est née en 1946 dans l’objectif "d’accompagner la santé des travailleurs pour permettre la relance d’une économie dévastée". Il s’agissait de dépister les affections professionnelles très invalidantes comme la silicose ou le saturnisme, mais aussi la tuberculose. La médecine du travail s’exerce alors quasi exclusivement au travers des visites d’aptitude auprès des médecins du travail.
Une fois l’économie remise sur les rails, on s’intéresse aux facteurs de risque et à la prévention (collective et individuelle). La pratique médicale passe de la prévention tertiaire à la prévention secondaire.
A partir des années 1970, on pose un nouveau regard sur le travail avec la distinction fondamentale entre travail prescrit et travail réel. Il devient nécessaire de prendre en compte l’activité de travail des opérateurs lors des projets de transformation des conditions de travail. Se met en place le "tiers temps" tandis que les Comités d’hygiène et de sécurité voient s’adjoindre dans leurs prérogatives, le domaine des conditions de travail. On est dès lors dans la prévention primaire et le développement de l’épidémiologie permet de dépister les effets nocifs de certaines situations de travail et l’on parle alors de pathologies multifactorielles à effet différé.
La crise économique survient dans les années 1980 et oblige les entreprises à plus de flexibilité ; l’on entre alors dans "le règne de l’urgence productive", où se côtoient deux populations distinctes : les surchargés de travail et les exclus du travail. Se développent également bon nombre d’emplois atypiques.
Plusieurs pays européens se sont orientés vers une perspective plus collective de la médecine du travail, mettant davantage l’accent sur les risques et appelant de nouvelles compétences autres que le savoir médical.
On s’oriente alors en France vers la pluridisciplinarité (directive de 1989 et loi de modernisation sociale de 2002). La médecine du travail devient "santé au travail".
Il s’agit dès lors de clarifier et de préciser le rôle et la spécificité de chacun des acteurs, dans l’objectif d’être plus efficace dans la prévention des risques professionnels, et de s’adapter aux évaluations des conditions de travail. L’aptitude médicale perd alors toute signification.
Parallèlement, la nouvelle organisation du travail, les formes de management, le développement des nouvelles techniques de l’information et de la communication génèrent des risques psychosociaux. Aux services de santé au travail à s’organiser pour relever les nouveaux défis.
Le suivi individuel n’est pas abandonné mais est orienté préférentiellement vers les salariés exposés aux risques les plus importants et ceux qui se trouvent dans une situation de fragilité. Des outils doivent être mis en place pour assurer la traçabilité des parcours professionnels à partager avec la médecine de soins. On parle alors de "santé globale". Le médecin du travail est l’animateur et le coordonnateur de l’équipe pluridisciplinaire. La santé au travail est bien une réalité mais l’auteur de cet article s’interroge sur l’impossibilité de lier dossier médical santé - travail et dossier médical personnalisé alors qu’ils concernent la même personne.
(publié le 10 janvier 2018)