La prévention 2.0

C. Ravallec, D. Larroque Travail et Sécurité, 2016, n°777, pp. 14-25

Le monde du travail est en pleine mutation avec l’avènement du numérique. Le domaine de la prévention n’échappe pas à ce raz-de marée et les multiples implications de ces nouvelles technologies ne sont pas sans influence sur l’amélioration des conditions de travail, tout en créant de nombreuses questions et moult préoccupations sur la genèse de nouveaux risques.
Tous ces outils connectés enregistrent des quantités de donnés qui peuvent être exploitées pour la prévention des risques.
La réalité virtuelle (RV) connaît un essor fulgurant. Elle permet de visualiser les situations non encore existantes et les défauts peuvent être identifiés avant la construction du poste, ce qui permet la correction préventive. Mais elle ne fait pas tout. Il est rapporté l’exemple d’une entreprise qui a utlisé cette technologie mais qui a du avoir recours à une maquette en carton, taille réelle, pour régler une situation qui posait problème. Mais au demeurant, ces outils de RV doivent venir en appui d’une démarche pluridisciplinaire et globale de prévention qui doit prendre en compte de nombreux facteurs tels que les contraintes organisationnelles ou psychosociales.

Le numérique est aussi un outil pédagogique innovant pour la formation du personnel. L’opérateur peut se retrouver immergé de façon virtuelle sur le terrain et apprendre les gestes métiers et être confronté à des situations qu’il va apprendre par ce moyen, à maîtriser.

Les exosquelettes ont pour objectif de réduire les charges physiques aux postes de travail et il est vrai que l’impression d’effort est réduite de 40 à 50% chez ceux qui les ont utilisés pour soulager certaines articulations mais on constate parfois des effets négatifs sur les articulations autres que celles qui sont soulagées.
L’exosquelette n’est donc pas la solution universelle car il peut créer déséquilibre postural, désadaptation musculaire, charge mentale, mais aussi risques mécaniques (collision avec un autre opérateur, écrasement, défaillance du système, etc.). L’exosquelette reste un outil qu’il faut resituer dans le contexte d’une situation de travail complète, d’où la nécessité de prévoir une "période d’apprentissage et d’adaptation, de développer des marges de manœuvre situationnelles, de réfléchir à l’évolution du travail et son organisation, d’échanger" entre les différents protagonistes "afin de créer une dynamique de transformation du travail ".

Si tous ces objets connectés sont accueillis positivement par les salariés, ils génèrent parfois de la crainte, sachant qu’à terme, ils entraîneront obligatoirement un changement dans les façons de travailler.

(publié le 4 janvier 2017)