Exposition professionnelle aux pesticides et hypothyroïdie subclinique chez les hommes utilisateurs de pesticides
Occupational pesticide exposure and subclinical hypothyroidism among male pesticide applicators

C. Lerro, L. Beane Freeman, C. DellaValle, M. Kibriya, B. Aschebrook-Kilfoy, F. Jasmine, S. Koutros, C. Parks, D. Sandler, M. Alavanja, J. Hofmann, M. Ward Occupational and Environmental Medicine, 2018, vol 75, n°2, pp. 79-89. Bibliographie.

La fonction thyroïdienne peut être altérée par l’exposition aux pesticides. Ceci est suggéré par des études menées chez l’animal mais peu d’études épidémiologiques ont examiné cette association.
Les auteurs américains ont étudié cette relation entre utilisation individuelle de pesticides et fonction thyroïdienne chez 679 hommes issus d’une sous-étude sur l’étude de la santé d’agriculteurs (AHS) (cohorte d’utilisateurs professionnels de pesticides).
L’utilisation de pesticides a été auto-déclarée lors de l’inscription à la cohorte (1993-1997). Il a été calculé, pour 33 pesticides, l’intensité et le nombre de jours cumulatifs en tenant compte des facteurs qui modifient l’exposition (ex : utilisation d’équipement de protection individuelle). La TSH, la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3) et les AC anti peroxydases (anti-TPO) ont été mesurés dans le sérum ( entre 2012 et 2013).
Une régression logistique multivariée a été utilisée pour estimer les odds ratios et les intervalles de confiance (IC à 95%) pour l’hypothyroïdie subclinique (TSH> 4,15 mUI/l) par rapport à la TSH normale (de 0,4 à 4,5 mUI/l) ainsi que pour la positivité des anti-TPO. De même, ont été examinées les associations entre pesticides et TSH, T4 et T3 dans des modèles de régression linéaire multivariée.

Une exposition plus élevée à l’insecticide aldrine (troisième et quatrième quantiles de jours pondérés en intensité versus aucune exposition) était associée à une hypothyroïdie subclinique (OR Q3 = 4,15 ; IC 95 % 1,56 à 11,1) et (OR Q4 = 4,76, IC 95 % 1,53 à14,82, p<0,01) ; à une TSH plus élevée (p<0,01) et T4 plus basse (p = 0,04).
Une plus forte exposition à l’herbicide pendiméthaline était associée à une hypothyroïde subclinique (quatrième quantile vs aucune exposition Q4 = 2,78 ; IC95 % 1,30 à 5,95, p = 0,02) et une TSH plus élevée (p = 0,04) et une positivité anti-TPO (p = 0,01).
Le bromure de méthyle en fumigation était inversement associé à la TSH
(p = 0,02) et associé positivement à T4 (p = 0,01).

Ces résultats suggèrent que les expositions à long terme à l’aldrine, à la pendiméthaline et au bromure de méthyle peuvent altérer la fonction thyroïdienne chez les utilisateurs masculins.

(publié le 10 avril 2018)